Pina Arcamone - Réseau Enfants-Retour, l’urgence d’agir

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2018/06/20 - Written by Carole Gagliardi
Pina Arcamone, photo by Vincenzo D'Alto
Pina Arcamone, photo by Vincenzo D'Alto
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À l’entrée des locaux du Réseau Enfants-Retour à Montréal, un petit ourson bien calé dans un siège de l’ancien Forum de Montréal tient un bâton de hockey autographié par Max Pacioretty. Cet ourson est la mascotte de cet organisme à but non lucratif, symbole de l’espoir des parents. « Une maman dont les enfants étaient portés disparus depuis six ans ne possédait plus qu’un vieux toutou en peluche en souvenir d’eux », me raconte Pina Arcamone, directrice du Réseau. 

« C’était tout ce qui lui restait. Chaque Noël, elle installait l’ourson sous le sapin et lui lisait le même poème de Clement Clarke Moore, ’Twas the Night Before Christmas. Six ans et demi après leur disparition, les cofondatrices du Réseau Enfants-Retour ont retrouvé le papa, qui vivait en Californie avec les enfants. Lors de leur rapatriement au Québec, la maman avait apporté le petit ourson dans l’espoir qu’ils s’en souviennent, et ils ne l’avaient pas oublié. » 

Le Réseau Enfants-Retour a été fondé en 1985. Il est l’unique organisme qui se consacre à la prévention et à la recherche d’enfants disparus au Québec, explique Arcamone. « Nous ne sommes pas des enquêteurs. Notre rôle est la prise en charge de la famille, et nous travaillons en collaboration avec les corps policiers. Parfois les parents nous confient des informations qu’ils ne leur diront pas, de crainte d’être jugés; nous nous chargeons alors de les communiquer aux enquêteurs afin de faciliter la recherche. On explique aussi aux parents pourquoi ils doivent se soumettre au test du polygraphe. On doit d’abord les écarter comme suspects pour travailler sur les véritables pistes.

 

« Ce qui nous importe, c’est de donner une réponse aux familles,

bonne ou mauvaise, car il leur faut une réponse.

C’est inimaginable de vivre sans réponse jour après jour, avec l’espoir »

 

« Ce qui nous importe, c’est de donner une réponse aux familles, bonne ou mauvaise, car il leur faut une réponse. C’est inimaginable de vivre sans réponse jour après jour, avec l’espoir. Les proches vivent souvent une grande détresse. Une part de notre travail est de leur rappeler de prendre soin d’eux, de s’entourer de gens aidants et d’accepter leur soutien, car on ne sait pas combien de temps va durer la recherche. La grande majorité des disparitions sont résolues dans les premiers jours, mais il en reste qui ne le sont pas. »

Les médias sociaux ont été d’importants vecteurs de changement dans la recherche d’enfants disparus. La disparition le 31 juillet 2007 à Trois-Rivières de Cédrika Provencher, une fillette de neuf ans dont les restes ont été retrouvés huit ans plus tard, fut un moment charnière pour la recherche. Cette tragédie a fait ressortir l’importance capitale d’agir au cours des premières heures qui suivent une disparition et a contribué au changement des méthodes de travail des policiers.

Y a-t-il aujourd’hui plus de disparitions qu’avant ? Non, m’explique Arcamone. « La situation est stable, mais alarmante. Au Canada, on signale 45 000 enfants disparus chaque année, dont 7 000 au Québec; près de 90 % de ces disparitions concernent des jeunes en fugue, de 10 à 15 % sont des enlèvements parentaux, et 1 % sont des enlèvements criminels, les plus rares mais les plus difficiles à résoudre. » Une collaboration rapide et efficace entre les autorités et les personnes concernées est la clé de la réussite. Autrefois, les familles étaient tenues à l’écart, mais on sait aujourd’hui qu’il est fondamental d’informer les parents et de les impliquer dans la démarche.

Mai marque le mois des enfants disparus, et en 1986, le 25 mai a été proclamé la Journée nationale des enfants disparus au Canada. Cette année, une soixantaine de pays ont célébré les victoires et salué les différentes actions entreprises pour prévenir les disparitions d’enfants. « Cette journée veut que l’on se souvienne des enfants qui manquent à l’appel ainsi que du courage des parents. Elle symbolise aussi notre engagement de ne jamais cesser les recherches », précise Arcamone. Concertations internationales, activités de sensibilisation, reprises de certains dossiers non résolus sont des éléments mis de l’avant par de nombreux pays, qui trouvent ainsi leur façon de rendre hommage aux disparus. « Nous travaillons actuellement sur un dossier qui remonte au 21 octobre 1954, date à laquelle Clifford Sherwood a disparu, à l’âge de neuf ans. Soixante-quatre ans plus tard, le dossier est toujours ouvert. On pense qu’il a été victime d’un enlèvement parental et qu’il serait encore en vie. Tout est possible ! » 

Après plus de 24 ans à la direction du Réseau, Arcamone n’a rien perdu de sa fougue ni de sa combativité. « J’ai vécu une enfance heureuse. Nous n’étions pas riches, mais nous étions bien. Il est inacceptable qu’un adulte puisse vouloir séduire des enfants, leur voler leur enfance, leur innocence… C’est horrible, ce n’est pas le monde dans lequel les enfants devraient se développer. Moi et mon équipe sommes toujours animés par ce désir de créer un monde meilleur pour les enfants. »

Le 25 mai, une nouvelle application, SIGN4L, a été lancée par le Réseau Enfants-Retour. Elle permet aux parents de conserver un profil et une photo à jour de leurs enfants sur leur portable afin d’avoir à portée de main les informations nécessaires en cas de disparition. Le Réseau Enfants-Retour est un OSBL financé par des activités de financement et par des dons de fondations et de donateurs privés (www.reseauenfantsretour.ong).

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