La Corse et l’Italie: des liens ancrés dans l’histoire, la langue et la culture

2012/04/05 - Written by Marc Pomerleau
La Corse et l’Italie: des liens ancrés dans l’histoire, la langue et la culture
La Corse et l’Italie: des liens ancrés dans l’histoire, la langue et la culture
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La Corse, cette île voisine de la Sardaigne que l’on surnomme l’île de beauté, est française depuis 1768. Les liens entre la Corse et l’Italie sont toutefois bien antérieurs à cette date. Depuis la création de la province romaine de Corsys et Sardus (Corsica et Sardinia) jusqu’à l’unification de l’Italie, le sort de cette île a été étroitement lié aux républiques de la future Italie.

La Corse sous l’influence de Gênes et de Pise

À la fin du Xe siècle, les républiques de Gênes et de Pise unissent leurs efforts pour chasser les Sarrasins de Corse et de Sardaigne. Une fois la guerre terminée, alors que les deux États se disputent le contrôle des deux îles et de manière plus générale, le contrôle de la mer Tyrrhénienne, le pape Grégoire VII concède finalement l’autorité religieuse sur la Corse et la Sardaigne à l’évêque de Pise. Cette décision donnera une certaine légitimité aux aspirations pisanes, sans toutefois sceller les hostilités avec la république de Gênes pour le contrôle de l’île. Armés de patience, les Génois prennent possession de la ville de Bonifacio en 1195, puis de la totalité de l’île en 1284.

Les deux siècles d’activités commerciales passés sous l’égide du régime pisan auront toutefois marqué de façon importante l’architecture, la culture et la langue corses. Beaucoup plus même que la présence génoise qui concentra ses efforts sur le développement du commerce des villes côtières au détriment de l’intérieur des terres. Durant ce règne, c’est à l’Office de Saint Georges (Casa delle Compere di San Giorgio), une banque génoise, qu’incombe la tâche d’administrer le territoire corse. Insatisfaits de cette gestion étouffante et accablés par de lourds impôts, les Corses se révoltent à maintes repri ses sous l’emprise génoise.

La brève indépendance sous Antonio Filippo Pasquale de Paoli                

Dans la foulée des révoltes de 1755 et avec l’espoir de se libérer du joug des Génois, les Corses nomment Pasquale de Paoli à la tête de la nation. Formé à Naples et fils du politicien exilé Ghjacintu de Paoli, ce gentilhomme d’origine corse fonde alors le gouver nement national corse et proclame la souveraineté de l’île de beauté. Minée par de nombreuses divisions internes, cette indépendance sera toutefois de courte durée.

Jamais tout à fait libérée du contrôle de Gênes, le sort de l’île se conclut quelques années plus tard lors du traité de Versailles (1768). La république ligure «vend» alors à la France ses droits sur la Corse, malgré les protestations d’ingérence. Pasquale de Paoli, plus tard qualifié de Babbu di a Patria (père de la patrie), est aussitôt contraint à l’exil en Grande-Bretagne avec à sa suite quelques centaines de partisans.

La Corse française

Bien que la Corse ait été officiellement rattachée à la France en 1768, l’italien y demeure toutefois jusqu’au milieu du XIXe siècle, la langue officielle des affaires et de l’élite. Pendant cette période, les Corses continuent à entretenir des rapports importants avec la péninsule italienne et fréquentent même ses universités, principalement celle de Pise et de Rome. Durant la deuxième moitié du XIXe, pour contrer la cadence vers l’italien, la France imposera, avec succès, de ne plus reconnaître les diplômes en provenance du Bel Paese.

L’italianité jusqu’alors fortement ancrée dans la culture Corse s’estompe peu à peu au profit de la culture française qui finit par s’immiscer dans toutes les sphères de la vie publique : de l’économie à l’administration, de la culture à la langue. Le gouvernement central de l’hexagone s’implique aussi de plus en plus dans la politique de l’île en accordant des pouvoirs aux élites locales. Cette approche vise à démontrer aux Corses que la France tient compte de leurs spécificités nationales tout en cherchant à intégrer l’île à la République française. Dès lors, l’élément français viendra colorer les moeurs et la mentalité corses.

Irrédentisme italien en Corse

Au début du XXe siècle, le mouvement irrédentiste italien, alors en plein essor, cherche à rallier à la mère patrie plusieurs territoires historiquement italophones tels que la Dalmatie en Croatie, le Ticino en Suisse et la Corse. Peu soutenue par les Corses eux-mêmes, la cause gagne de nombreux appuis en Italie où sont pu bliés plusieurs ouvrages tels que la Storia della Corsica italia - na et l’Atlante linguistico etnografico italiano della Corsica, promouvant l’italianité de la Corse. Le mouvement tente ainsi de créer un sentiment anti-français qui favoriserait l’annexion de l’île à l’Italie.

À l’origine pacifique, l’irrédentisme prend une tout autre tournure lorsqu’en 1942, Mussolini passe de la parole aux actes et occupe militairement la Corse avec 80 000 soldats. L’occupation des troupes fascistes n’aura pas l’effet escompté et se soldera par une plus grande méfiance des Corses face à leurs voisins italiens. Plusieurs décennies seront nécessaires pour remplir le fossé creusé par cet événement et tisser à nouveau des ponts entre l’Italie et l’île de beauté.

Française depuis 250 ans, la Corse est géogra phi - quement, historiquement, culturellement et linguistiquement liée à l’Italie. Tel que son surnom l’indique « l’île de beauté » n’est jamais bien loin du «Bel Paese ». Signe de leur passé commun, la Corse et la Sardaigne, sa voisine italienne, partagent d’ailleurs le même symbole : La tête de maure affublé d’un bandeau.

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