De grandes retrouvailles en perspective pour Brachetti et Juste pour rire, 10 ans après le succès monstre de son premier one man show au Québec: «L’homme aux mille visages», dirigé par Serge Denoncourt. Brachetti nous conviera cette année dans l’univers du cinéma avec un vibrant hommage au septième art: «Arturo Brachetti fait son cinéma ». Une oeuvre épatante transposant sur scène cent ans de pellicule, condensés en 90 minutes, où défilent littéralement l’un après l’autre 80 personnages de tout acabit, allant de Cruella à Superman, de Fellini à ScarlettO’Hara, de Charlie Chaplin à King Kong.Une formule réglée au quart de tour, éprouvée ces dernières années en Europe.

Arturo Brachetti adore le cinéma, un thème riche en sources d’inspiration pour un homme qui compte plus de 350 costumes. La mise en scène occupe toutefois une place centrale dans ses spectacles, sans quoi, malgré ses prouesses techniques et ses costumes extravagants, ses performances finiraient rapidement par essouffler le public. Car l’humoriste à la célèbre houppette aime aussi raconter des histoires. «Ceux qui me copient, copient essentiellement mes costumes. Leur prestation se limite en général à quelques minutes, alors que moi je performe pendant plus d’une heure…», affirme Brachetti, pour qui le sens de la dramaturgie prime sur la transformation. Ses racines italiennes en sont pour quelque chose, révèle-t-il, nous confirmant avoir été profondément influencé, petit, par le mouvement de la commedia dell’arte.

Plus que la peur de se répéter dans ses spectacles, c’est celle de vieillir qui assaille davantage Brachetti; il nous confie vouloir continuer à faire son métier tant que son corps le suivra. À le voir se transformer sur scène à la vitesse de l’éclair, on ne peut que se demander combien il compte de frères jumeaux ou encore si Dieu en personne ne l’a pas pourvu du don d’ubiquité. «Il y a une clause sur le clonage dans mon contrat», répond en riant Brachetti lorsqu’on tente de savoir s’il a déjà rêvé d’être cloné. Mais, derrière le rideau se cachent des obligations auxquelles Brachetti ne déroge pas d’un poil: un régime draconien et une hygiène de vie quasi monacale. «Quand on fait le métier que je fais, on ne remplace pas sa garde-robe facilement. Surtout lorsque la valeur de la plupart de ses vêtements s’élève à quelques milliers de dollars.»

C’est à Turin, où il est né le 13 octobre 1957, que Brachetti apprend avec un curé illusionniste ses premiers rudiments de prestidigitation. À 15 ans, il invente son premier numéro de transformisme et à 20 ans il est déjà la vedette du Paradis Latin de Paris. Depuis, il a participé à un nombre incalculable de spectacles de variétés et d’émissions de télévision, s’illustrant de l’Allemagne à la Grande- Bretagne, en passant par l’Italie et la France.

Douze personnes vouées au silence absolu accompagnent désormais Brachetti sur scène durant ses spectacles. Ce ne sont pas nécessairement les costumes ni son attirail impressionnant qui lui posent le plus de problèmes. Certains numéros sont même étonnamment simples selon ses dires. «C’est lorsque vient le moment de jouer des scènes que ça devient le plus difficile. » Un trac que compense largement l’amour que porte le public à cet assoiffé d’attention.

C’est grâce à sa passion que Brachetti a su se hisser au sommet de son art. Une ferveur qui l’habite depuis son plus jeune âge lorsque, timide, il tentait d’attirer l’attention de ses camarades de classe en se déguisant pour exécuter des tours. C’est probablement ce qui le pousse souvent à agir comme s’il comptait toujours quatorze ans. « J’ai un frère plus jeune à la maison, qui ne me ressemble pas du tout d’ailleurs et qui s’occupe de tout l’aspect administratif de ma carrière, de toutes les choses tristes de la vie. » Cela laisse à Brachetti tout le temps de vaquer aux choses sérieuses. «Je fais tout très vite dans la vie. Je conduis vite. Je mange vite. Etc. Mais, je dois avouer que le matin j’aime prendre mon temps pour m’habiller. » Laissons-le donc prendre son temps en attendant qu’il vienne nous décoiffer la houppe cet été.

Info: brachettiquebec.com

written by Gabriel Riel-Salvatore