Boire avec passion

par Gabriel Riel-Salvatore (IT)

On n’a, semble-t-il, jamais eu accès à autant de bons vins qu’aujourd’hui. Nous sommes de nos jours bien loin du vin de table élaboré il y a 60 ans dans des chais malpropres et sous-équipés et dont le goût, nonobstant les aléas du millésime, était souvent imprévisible.

L’Italie demeure, avec la France, le plus grand producteur de vin au monde. Parmi les dizaines de millions d’hectolitres que le Bel Paese produit chaque année, le meilleur côtoie évidemment le pire. Comment s’y retrouver, demanderez-vous ? Voilà justement la raison pour laquelle nous avons entrepris de publier un guide annuel des vins italiens, qui souffle cette année 11 chandelles.

Le goût et les habitudes de consommation des Canadiens en matière de boisson alcoolisée ont beaucoup évolué ces 30 dernières années, et les gens boivent de plus en plus souvent du vin en mangeant. Cette habitude a toujours été bien ancrée chez les Canadiens d’origine italienne, pour qui boire du vin au repas est considéré comme tout à fait normal. Toutefois, bon nombre d’entre nous souscrivent désormais à l’idée qu’il faut boire moins, mais boire mieux.

Il est vrai que le vin demeure assez cher ici par rapport à l’Europe. Ceci s’applique toutefois essentiellement aux catégories d’entrée de gamme. Plusieurs vins de tous les jours, vendus ici de 10 $ à 15 $, sont au demeurant tout à fait convenables. D’autres, qui

tombent dans la catégorie des vins du week-end ou à boire entre amis pour se faire plaisir et qui exigent des poches un peu plus profondes, ne s’éloignent généralement pas tant que ça sur le plan du prix de ce qu’on trouve à l’étranger. L’important consiste à trouver le vin qui convient à chaque occasion.

Par ailleurs, le monde du vin n’est pas à l’abri des modes et louvoie lui aussi au rythme des tendances. Certains sommeliers ne jurent aujourd’hui que par les vins dits « natures » ou « orange ». Des vins exempts le plus possible de tout intrant et pratiquement vierges d’intervention humaine, mais, cela dit, souvent instables étant donné leur faible teneur en sulfites. Certains – pour en avoir goûté plusieurs – ont le mérite d’être bons, mais d’autres sont carrément mauvais, à moins que vous ne soyez de grands amateurs d’odeurs champêtres rappelant l’étable à tous crins.

Bref, ne vous en déplaise, nous nous concentrons dans ce guide essentiellement sur les vins dits conventionnels, c’est-à-dire des vins qui répondent aux normes de production en matière de rendement et d’interventions propres à leur lieu d’origine.

Plusieurs critères existent pour déterminer la qualité d’un vin. Dans le cas des vins blancs, ces éléments reposent sur l’acidité d’une part et sur l’alcool et le sucre résiduel d’autre part. Dans le cas des rouges, on ajoute un troisième élément lié aux tanins, qui ont la propriété d’évoluer avec le temps. C’est avec ces critères en tête que mon collègue Marco Giovanetti et moi avons cherché à vous présenter le plus objectivement possible les vins contenus dans ce guide.

Une récente étude, dont les résultats ont été publiés récemment dans le New York Times, faisait état du fait que les consommateurs préfèrent en général les vins moins chers, boudant les plus coûteux en arguant que leur prix n’est qu’une supercherie visant à les faire dépenser davantage. Bref, qu’il vaut mieux se méfier des soi-disant spécialistes. Il ressort néanmoins de cette recherche que plus le consommateur se plonge dans le monde du vin, plus il élargit ses horizons et plus il s’éloigne ainsi tout naturellement des vins moins chers. Tout est une question de connaissances et de curiosité, sans oublier la passion, cette fameuse « piqûre » qui semble gagner bon nombre d’amateurs une fois qu’ils ont finalement trouvé une bouteille vraiment à leur goût. Ceci étant dit, il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter de faire de belles découvertes. Cin Cin!