Vincenzo Guzzo

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Un dragon aux grandes ambitions (IT)

par Carole Gagliardi

Vincenzo Guzzo est le plus important propriétaire indépendant de salles de cinéma au Québec et le troisième au Canada.

Le PDG des Cinémas Guzzo a un agenda considérablement chargé qui l’oblige à jongler entre la gestion du Groupe Guzzo Construction Inc., sa chaîne de restaurants Porchetta et l’ouverture récente de la Pizzeria Giulietta, sans compter sa participation à la populaire série télévisée Dragons’ Den et ses nombreuses activités de philanthropie.

Pourquoi avez-vous décidé de participer à l’émission Dragons’ Den ?

J’ai accepté pour plusieurs raisons. La première fois que la série a accordé une attention au Québec, c’était il y a plusieurs années. Les producteurs avaient invité un des cofondateurs des boutiques La Senza à l’émission. Depuis, aucun participant n’a représenté le Québec ni l’est du Canada. Je suis connu au Québec, mais peu ailleurs au Canada. Cette émission me permet de rencontrer des gens de partout au Canada et de découvrir mon pays. J’ai rencontré de nombreux participants et souvent, je n’avais aucune idée de l’endroit d’où ils venaient.

C’est aussi parce que j’ai un fort penchant pour la politique, et que cette émission est une plateforme qui me donne de la visibilité partout au Canada. À moi maintenant de tirer profit de cette notoriété. Voyons voir si un Canadien d’origine italienne peut diriger un parti, ou même devenir premier ministre. Ce saut en politique, j’y réfléchis depuis plusieurs années, mais je n’étais pas prêt. Aujourd’hui, on ne sait jamais. Si je fais bien mon travail et que je planifie adéquatement ma succession, il est probable que dans quelques années mon aîné pourra prendre la relève.

Qu’est-ce qui vous intéresse en politique ?

La politique canadienne m’intéresse parce que je crois que je pourrais aborder

et vulgariser des concepts compliqués. Je m’intéresse au problème de l’unité canadienne et je crois que beaucoup de choses que l’on fait au Québec sont formidables et méritent d’être connues partout au pays. Je crois que je pourrais améliorer le savoir-faire et la créativité au Canada.

À quoi peut-on s’attendre de Vincenzo Guzzo à l’émission Dragons’ Den ?

J’aime bien taquiner et, oui, j’ai un franc-parler, mais je dis toujours la vérité. J’ai déjà conseillé à un participant de vendre tout ce qu’il avait créé et de retourner s’occuper de sa famille. Ce n’est pas agréable à entendre, mais c’est ce que je croyais. Mon personnage dans Dragons’ Den, c’est moi, en plus coloré. On m’a surnommé « Mr. Sunshine » à cause de mon cardigan jaune. J’ai aussi entendu « Lord Guzzo », en référence à ma nomination de Cavaliere della Reppublica Italiana. Ce sont des taquineries, on s’amuse beaucoup !

Quelles sont les qualités que vous recherchez chez un entrepreneur ?

La première qualité est sans contredit l’honnêteté. C’est la qualité la plus difficile à retrouver chez les gens, surtout quand on est fortuné. L’honnêteté, cela semble tout simple, mais les gens ont la perception que si tu as de l’argent, ce n’est pas important pour toi. Ils considèrent souvent que tout leur est dû. Cela est très grave, car moi, j’investis dans cette personne et en retour, elle veut s’approprier mon bien !

Quels sont les projets qui vous intéressent ?

Je suis ouvert à presque tout sauf aux projets liés à la marijuana. La Fondation Cinémas Guzzo contribue à la recherche sur la santé mentale, et je crains que les gens qui souffrent fassent de l’automédication plutôt que d’entreprendre un travail à long terme pour comprendre pourquoi ils sont dans cet état. L’autre domaine où j’hésite beaucoup à investir est celui des nouvelles technologies, parce qu’il est vraiment difficile de donner une juste valeur à ces nouvelles entreprises. Je ne comprends pas la valorisation financière qu’on leur attribue, je ne crois pas aux sommes astronomiques qu’on leur accorde.

Quel rapport avez-vous avec le succès ?

Je suis un enfant unique, habitué à être seul, mais quand je sors de chez moi, je suis tout le contraire. Je suis un être entier, dans ma vie, il n’y pas de nuances, c’est noir ou blanc. Je n’ai pas de problème avec le succès dans ma vie publique. J’ai choisi de mettre mon nom sur mes commerces, de débattre publiquement d’enjeux controversés, je ne me permettrais pas de dire que je trouve cela difficile. Mon discours est clair et précis et je reconnais que cela fait partie de mon succès que d’être exposé publiquement. Être connu, c’est important, comme l’argent est important pour moi. L’argent, c’est une façon de mesurer le succès tout autant que ma philanthropie devrait l’être. On me voit comme un méchant capitaliste, mais je redonne beaucoup à la communauté.

Si vous n’aviez pas évolué depuis votre enfance dans le domaine du cinéma, quel métier auriez-vous souhaité entreprendre ?

Plaideur à la cour, dans une grande firme d’avocats de New York. Mon rêve d’enfant.

L’émission Dragons’ Den est diffusée les jeudis à 20h à l’entenne de CBC