Entretien avec Marco Rusconi

photo by Vincenzo Rusconi

Réaliser l’impossible et célébrer l’Italie

Par CAROLE GAGLIARDI

Le 1er août 2016, Marco Riccardo Rusconi faisait son entrée à Montréal en tant que consul général d’Italie. Nul doute là-dessus : la contribution de Marco Riccardo Rusconi a été immense. Les nombreux projets qu’il a mis de l’avant ont eu l’effet de galvaniser les Italo-Montréalais et de les rassembler. Des événements d’envergure réunissant des artistes de renommée, dont Claudio Baglioni, ont permis de renforcer les liens qui unissent l’Italie et les Italo-Canadiens. Homme de terrain, humaniste et généreux, Rusconi a su rassembler les acteurs du milieu pour réaliser des projets qualifiés d’impossibles. Je l’ai rencontré en décembre dernier, la veille de son départ pour Rome vers ses nouvelles fonctions de conseiller diplomatique pour le ministre de l’Environnement, Sergio Costa, poste qu’il occupe depuis le 8 janvier.

À votre arrivée le 1er août 2016, que saviez-vous de Montréal et de la communauté ?

Je savais qu’elle avait une bonne réputation. Je savais que la communauté montréalaise était très unie et très liée à l’Italie. Je suis arrivé avec beaucoup d’idées en tête et j’ai immédiatement compris que cette communauté était un gisement de ressources humaines et de personnes dynamiques qu’il me fallait connaître et réunir pour réaliser ces projets.

L’ensemble de la communauté italienne de Montréal n’est pas très différente de l’Italie d’aujourd’hui, ses richesses premières étant le talent et la capacité de transmettre des idées et de réaliser des projets. J’ai retrouvé ici ces mêmes mécanismes qui m’étaient familiers en Italie : une base exceptionnelle, qui m’a permis de réaliser des projets que certains disaient irréalistes.

Je suis particulièrement fier du grand rassemblement organisé pour la communauté, La Festa della Reppublica Italiana, le 27 mai 2018, à la Place Bell, à Laval, qui a réuni plus 10 000 personnes. Une idée qualifiée au départ de chimérique, mais j’avais envie de relever le défi. Dans l’ADN de tout Italien, il y a ce désir de célébrer chaque événement important de la vie : naissance, baptême, mariage, remise de diplômes, etc. Tout est prétexte à la fête, et ma méthode de travail est la suivante : je dresse d’abord la liste des invités, puis je trouve la façon de réaliser le projet.

photo by Vincenzo D’Alto

Vous avez joué un rôle unificateur et vous avez travaillé très près de la communauté alors que vos prédécesseurs s’impliquaient moins directement, n’est-ce pas ?

Le contexte historique a changé : nous sommes tous connectés, alors qu’autrefois ce n’était pas le cas. Aujourd’hui, tout se déroule en temps réel. Je pense que la crise économique qui a frappé l’Italie a généré un nouveau phénomène d’immigration. Plus de deux millions de personnes ont quitté l’Italie en 20 ans, ce qui signifie que chaque famille connaît quelqu’un qui est ici. Aujourd’hui, on parle plutôt de mobilité que de migration, car on peut aller et revenir. Cela a joué un rôle fondamental dans la reconnexion, car les gens accueillent cette nouvelle vague et ainsi, beaucoup de préjugés tombent. La connectivité en direct a fait en sorte que partout dans le monde la connaissance des autres a évolué.

Quelles sont les particularités des Italo-Montréalais que vous communiquerez à votre successeur ?

Le sens de l’initiative. Les Italo-Montréalais sont des constructeurs, des bâtisseurs. Oui, ils ont construit des routes, des monuments, des édifices, mais ce sont aussi des gens d’action qui travaillent sur le terrain. Nous possédons ces signes distinctifs dans notre ADN et nous les transmettons dans nos familles et dans les traces que nous laissons derrière nous. Construire, créer, faire preuve d’esprit d’initiative sont les grandes caractéristiques des gens que j’ai côtoyés.

Avez-vous le sentiment d’avoir terminé votre mandat, même s’il a été écourté ?

Bien qu’en temps administratif mon mandat ait été plus court que prévu, ma vision a été réalisée. Je pars car je suis appelé à Rome pour un nouveau poste. Le travail d’un consul est d’être au service de l’Italie et des citoyens qui vivent ici. Un très grand nombre d’Italiens sont venus au Canada depuis le début de mon mandat, et au cours de ces années le Canada a assuré la présidence du G7 et dirigé des rencontres de haut niveau. J’ai prêté assistance au ministre de l’Environnement, Sergio Costa, et il m’a demandé par la suite de travailler avec lui à Rome en tant que conseiller diplomatique auprès d’autres ministres et ministères. J’ai été appelé pour venir à Montréal et ensuite, appelé pour cette nouvelle expérience au service de l’Italie.

Quelles ont été vos réalisations les plus importantes lors de votre mandat à Montréal ?

Je crois que le plus important a été d’avoir écouté les gens, d’être sorti du consulat et d’être allé à la rencontre de la communauté. L’écoute est fondamentale, car elle permet de comprendre, alors imaginez les possibilités qui se présentent ! J’ai visité le Centre d’éducation des adultes Galiléo, où j’ai constaté que les étudiants réalisaient des projets axés sur la musique. Il me fallait y aller pour en savoir plus et ensuite créer des liens avec des artistes italiens. Nous avons aussi organisé les Journées du design italien à l’Université de Montréal. Encore une fois, à la suite de mes rencontres dans les universités locales, j’ai constaté l’intérêt des spécialistes pour le design italien. Nous avons élaboré ce projet en collaboration avec des professionnels italiens.

Mais je cherchais aussi à mettre en lumière les talents locaux et la culture italienne. Mon projet sur l’enseignement de la langue italienne a vu le jour parce que je suis allé à la rencontre des jeunes, qui m’ont confié leur plus grand rêve : aller un jour en Italie. J’ai donc appelé le PDG d’Air Transat et lui ai demandé d’offrir des billets à ces jeunes élèves. Nous avons élaboré un concours supervisé par les enseignants de langue italienne. Tout cela, parce que j’ai écouté les enfants.

Que représente Montréal pour vous ?

Montréal est une ville nord-américaine, son rythme de vie est différent de celui des villes italiennes, et le fait qu’elle soit aussi grande est étrange pour moi. En Italie, nous vivons tous très près les uns des autres. Ici, l’espace est vaste même en ville, on note une certaine indifférence, malgré l’influence latine, et puis… il fait froid, très froid – bien que cela soit compensé en partie par la chaleur des gens.

Quels souvenirs ramenez-vous à Rome ?

(riant) Oh, mais certains ne se racontent pas ! Ce qui m’a frappé ici, c’est la très grande admiration des gens pour l’Italie. Bien sûr, il y a encore des petites traces de préjugés, mais j’ai remarqué qu’il y a deux mondes : les Italiens et ceux qui souhaitent le devenir ! J’ai rencontré beaucoup d’italophiles qui sont passionnés de culture italienne et qui souhaitent vivre en Italie.

Vos derniers souhaits ?

Voici une image qui me plaît beaucoup : lorsqu’on pense aux Italiens, on voit des acteurs et non des spectateurs. Continuez d’être les acteurs de vos vies, de votre communauté, de votre pays. Il faut être au centre de la scène, maintenir ce désir d’être en action, en mouvement ensemble et en cohésion. Voilà la façon italienne de vivre !