Entretien avec la nouvelle consule générale d’Italie à Montréal

photo by Anthony Pecoraro

par Carole Gagliardi

Nommée consule générale d’Italie à Montréal le 19 décembre dernier, Silvia Costantini est entrée en poste le 6 mars, deux mois seulement après le départ de son prédécesseur, Marco R. Rusconi. Cette nomination se veut un message clair et fort à la communauté italo-montréalaise de la part de la Farnesina, le ministère des Affaires étrangères de l’Italie. Elle confirme l’importance qu’occupe la métropole dans l’échiquier consulaire mondial, explique la nouvelle responsable du 3489, rue Drummond, à Montréal.

Vous affirmez avoir choisi Montréal, c’est exact ?

Oui, c’est vrai, je n’ai pas posé ma candidature ailleurs. Je suis attachée sentimentalement à Montréal, je connais cette ville. Mon père devait venir ici en 1976, aux Jeux olympiques, participer aux compétitions équestres. Il parlait abondamment de Montréal, de ses particularités, de sa diversité. Beaucoup de mes souvenirs d’enfance y sont liés.

Il s’agit de votre premier mandat comme consule générale: quels autres postes avez-vous occupés ?

J’ai rempli de nombreuses fonctions au ministère des Affaires étrangères italien et auprès de l’Union européenne, au Service européen d’action extérieure (SEAE). On m’y a confié des responsabilités en matière de prévention de conflits armés. Jusqu’à mon arrivée à Montréal, j’étais au siège du SEAE à Bruxelles en tant que responsable d’un secteur névralgique, le Système d’alerte préventive sur les conflits armés (EU Conflict Early Warning System). J’avais déjà rempli un premier mandat consulaire à Shanghai, en Chine, qui compte une très petite communauté italienne, puis à l’Ambassade d’Italie à Tunis en tant que chef de la chancellerie consulaire, d’abord, puis de conseillère politique et médias. J’étais à Tunis, avant, pendant et après le Printemps arabe. Ce fut une expérience intense dans une ville et un pays où l’histoire s’écrivait chaque jour. Puis, j’ai été sélectionnée par l’Union européenne (UE) et nommée première conseillère politique à la délégation de l’UE à New Delhi, en Inde. Une qualité essentielle de notre travail diplomatique est la grande adaptabilité.

Que saviez-vous de Montréal lorsque vous avez été nommée ?

Je savais que Montréal est une ville dynamique et vibrante. Marco R. Rusconi, mon prédécesseur, m’a raconté combien il y avait de travail à accomplir. Nous avons longuement discuté du dynamisme, de la diversité de la communauté et des différents groupes qui la composent. Montréal a une caractéristique qui la rend unique en Amérique du Nord: on y parle italien. C’est formidable et cela nous rend très fiers.

Comment est née votre passion pour le travail de diplomate ?

À 16 ans, j’ai fait un voyage d’études à Londres. Une amie italienne a perdu son passeport et je l’ai accompagnée à l’Ambassade de l’Italie. Nous ne connaissions rien du processus et de l’institution, mais j’ai été immédiatement fascinée par cette impressionnante organisation où l’on parlait italien, en plein cœur de Londres. Lorsque nous sommes rentrées, je me suis rendue à la bibliothèque y consulter des ouvrages sur le rôle de l’ambassade et sur le travail diplomatique. J’y ai trouvé cette définition : « […] la fonction d’un diplomate est de représenter son pays, de le promouvoir et de protéger les concitoyens et concitoyennes ainsi que les intérêts de la communauté d’affaires et des entreprises nationales à l’étranger ». J’ai immédiatement su que c’était ce que je voulais faire.

Vous connaissez de nombreuses langues.

J’ai étudié 11 langues en plus de l’italien. Je ne les parle pas toutes, mais à chaque nouvelle destination je m’assure d’apprendre la langue locale.

Est-il difficile de renverser la tradition voulant que les femmes et les enfants suivent leurs époux dans leurs fonctions officielles ?

Oui, c’est plus difficile pour une femme. Mais ce n’est pas un choix délibéré de ma part, c’est plutôt le résultat d’une carrière qui m’amène partout dans le monde. Et puis… je n’ai pas trouvé quelqu’un qui soit à ma hauteur, je mesure plus de 1,80 m !

En tant que femme, sentez-vous une responsabilité ou une pression en occupant ce poste ?
Certaines femmes m’ont grandement aidée et influencée au cours de ma carrière. L’actuelle représentante permanente de l’Italie auprès des Nations Unies, S. E. Mariangela Zappia, qui était première conseillère lors de ma formation diplomatique à NewYork, a été mon premier « mentor » et point de référence. Je me souviens de cette rencontre comme d’une plaque tournante dans ma vie professionnelle. L’ambassadrice Elisabetta Belloni, l’actuelle secrétaire générale de la Farnesina, m’avait sélectionnée pour travailler à l’unité des Balkans occidentaux en raison de mon expérience à la délégation de la communauté européenne à Tirana, en Albanie. Son influence fut aussi déterminante, tout comme le style de gestion de l’ambassadrice Emanuela D’Alessandro, maintenant conseillère diplomatique du président de la République, Sergio Mattarella, avec qui j’ai eu l’honneur de travailler durant le sommet du G8 à Gênes en juin 2001.

Je ne cesse de répéter aux femmes qu’il faut croire en soi. Nous avons de grandes qualités et de grandes capacités professionnelles, et je crois même que les femmes ont une valeur ajoutée. On m’a demandé récemment si j’avais été choisie ici à Montréal parce que je suis une femme. Absolument pas ! L’état italien, et en particulier à la Farnesina, choisit ses représentants sur la base de leur parcours professionnel et de leur mérite. Je suis profondément convaincue que ma nomination n’a rien à voir avec le fait que je sois une femme et tout à voir avec mes qualités professionnelles.

Vous êtes à Montréal depuis peu: y a-t-il des projets que vous souhaitez réaliser ?

Je souhaite réunir les différentes composantes de la communauté italienne en une seule grande communauté forte, cohésive et unie. Je vois différentes générations d’hommes et de femmes, différents intérêts et une nouvelle mobilité de jeunes gens instruits, souvent décrits par la presse comme « les cerveaux », qui peuvent s’intégrer rapidement et facilement dans les industries de haut niveau. Je veux agir comme un pont solide entre Montréal, le Québec et l’Italie dans différentes sphères d’activité et mettre en valeur la recherche, les communautés scientifiques et universitaires, et leur permettre de se joindre à leur communauté d’origine. J’ai la chance d’avoir une équipe fantastique à mes côtés, et je suis convaincue qu’ensemble nous réussirons. J’espère que la communauté italo-montréalaise sera avec moi pour me permettre de réaliser ce projet de grande envergure.